The Tree of Life de Terrence Malick mérite-t-il la Palme d’Or ?
Quelques années maintenant que tout un chacun attendait The Tree of Life de Terrence Malick. Déjà annoncé l’an dernier, mais présenté seulement cette année à Cannes, nous sommes en mesure de nous demander, puisqu’il fait partie de la Sélection Officielle — En Compétition, quelles sont ses chances de remporter la Palme d’Or, tant soit-elle ce que l’homme convoite.
Terrence Malick est en quelque sorte un dieu. Son personnage de réalisateur s’est construit autour d’une disparition abrupte, de silences, de rumeurs et de délais. Ce film, The Tree of Life est extrêmement attendu par le public. Il est, en quarante ans de carrière, le cinquième film du réalisateur, et hypothétiquement, le cinquième monument du réalisateur. De manière sure, les gens savent qu’il sera chef-d’oeuvresque, à l’image de ses précédents films. Qu’en est-il vraiment ? Est-ce suffisant pour remporter le trophée ?
Très certainement, The Tree of Life a l’apparence d’un chef-d’oeuvre. L’image est parfaite, la bande son est gracieuse (Alexandre Desplat) — Dieu à l’oeuvre n’aurait su mieux faire. Le scénario n’est pas très intéressant, mais ça, à la rigueur, on s’en fout. Là où ça pose problème avec ce scénario pas très intéressant, c’est d’abord dans la structure par laquelle il le met en scène : ça manque de cohérence. L’on peut concevoir le film de Malick comme tel : amorce, théorie, narration, épiphanie. Et de ces quatre parties, celle consacrée à la narration même du film manque cruellement d’intérêt. Si les trois autres parties reposent sur le lien image/son, le caractère spectaculaire et symbolique de la progression de ces images, la narration de l’histoire est souvent desservie par ce qui faisait la Malick touch des précédents films, et par la simplicité de ce qu’elle a à dire. Penchons nous là dessus, sur ce que l’histoire (et le film) à dire.
Le film fonctionne sur deux niveaux. Au niveau le plus restreint, le film raconte l’histoire d’une famille, et met en scène la relation intérieure que chacun du père, de la mère et du fils ainé entretient avec Dieu. A une échelle plus large, The Tree of Life est à la fois créationniste et évolutionniste, et là, il n’est plus vraiment question de Dieu, mais de filiation, dans la mesure où ces séquences sont génialement Kubrickiennes (en fait, Dieu). Cependant, le sous-texte souvent biblique m’a gêné dans mon interprétation du film, dans le sens où je suis plus Odyssée de l’Espace que Passion du Christ.
Pour répondre à la question, je ne pense pas que The Tree of Life mérite la Palme d’Or. Plus certainement, le Grand Prix ou le Prix de la mise en scène. Pour plusieurs raisons. Non seulement je n’ai pas vu les 19 autres films en compétition — mais Malick est déjà un chouchou du public, et lui remettre la Palme d’Or ne lui servira pas plus que sa renommée actuelle et ses qualités de réalisateur. Le prix ne serait pas adapté à l’objet cinématographique qu’il a présenté au Jury. Il est également probable que l’homme revienne à Cannes d’ici quelques années, voire l’an prochain.
En somme, The Tree of Life est un film spirituel, élégiaque. Soit, s’il s’est affairé à filmer le divin sur Terre, je regarderai Dieu dans les yeux. J’ai vu des gens partir au milieu de la séance. Pour sur, ça n’était pas un film avec Brad Pitt et Sean Penn. C’était un film de Terrence Malick, et c’était divin. Soyez en avertis.